Horreur·Science Fiction

« Enragés » de Pierre Gaulon

 

emilie Un avis de Saiwhisper

Titre : Enragés
Auteur : Pierre Gaulon
Genre : Horreur/Science Fiction
Editeur : Fleur Sauvage

Voilà un livre qui a fini dans ma Wish List grâce à de nombreuses bonnes critiques lues sur plusieurs sites… Or, j’ai découvert que Pierre Gaulon était en dédicace àcouv13206547 Épinal lors des Imaginales. Alors j’ai sauté sur l’occasion pour le rencontrer et acquérir « Enragés », cet ouvrage dont la couverture me plaît énormément. Avant de commencer ma critique, j’aimerais vraiment remercier l’auteur pour sa gentillesse et pour sa dédicace aussi sanglante que sympathique !


Un enragé, c’est tout simplement une personne qui a contracté le P2 (comme Pasteur 2), un virus similaire à la rage qui modifie le comportement de la victime. Un humain infecté va devenir violent et va s’attaquer aux autres en espérant manger du steak tartare à même le bras d’un survivant. Oui, vous l’avez compris : ces cannibales agressifs sont des zombies !

L’intrigue en elle-même est assez classique et ne sort pas des sentiers battus : on assiste à la survie de Lucas et de Louis, deux jeunes hommes aux caractères totalement opposés. Chacun de leur côté va découvrir le virus de très près puisque, dès les premières pages, chacun est griffé par un infecté sans le savoir… Viendra ensuite l’affrontement de la maladie, du premier enragé, des hordes, la quête de la faim, la solitude, … Leurs routes vont finir par se croiser, provoquant des scènes explosives et de la méfiance. J’ai beaucoup aimé cette tension entre les deux protagonistes. Je n’aurais pas dit non à quelques pages en plus… D’autant plus que l’on assiste assez bien à leur déchéance. En effet, alors que tout allait bien dans leur quotidien, ils vont sombrer peu à peu dans la folie… Chacun de leur façon. Ce nouveau monde n’est pas pour eux… Comment vont-ils s’en sortir ? Vont-ils retrouver leurs proches ? Un troisième personnage rencontré bien plus tard ne fera pas exception.


Même si ma préférence va pour Louis, j’ai apprécié les trois personnages. Ils sont tous les trois assez bien développés, ne sont pas forcément manichéens et évoluent au fil des pages. Louis est une personne très banale : il a une vie stable, un travail qui lui plaît, une petit amie avec qui il a des projets, un chien. Assez généreux, il ne pensait pas que Freddy, un sans abri qu’il connaissait bien, ne serait pas dans son état normal lorsqu’il lui a tendu une pièce… Louis est un personnage assez crédible auquel la plupart des lecteurs va s’identifier. En effet, on imagine assez bien être dans sa situation.

A l’inverse, Lucas est un sportif qui sait ce qu’il veut. Froid, franc, sans sentiment ou respect pour les femmes (qui finissent régulièrement dans son lit), il fait des concours de tir et réussit plutôt bien sa vie. Notre misogyne n’a pas forcément attiré ma sympathie, cependant j’ai pris plaisir à le voir survivre et être déboussolé lorsqu’il a renversé un étrange passant par mégarde qui a ensuite essayé de le bouloter !

Je ne vais pas parler d’Olivier, le dernier personnage. Libre à vous de le découvrir plus tard en lisant le roman. sachez seulement que je l’ai trouvé très intéressant et que je n’aurais pas été contre quelques pages supplémentaires sur son passé ou sur son travail. Par contre, au risque de faire ma féministe de base, j’ai trouvé dommage que les femmes ne fassent pas partie des survivantes. Les trois protagonistes/narrateurs sont des hommes ! Même sans inclure de la romance (il y en a déjà avec Louis qui songe à Clara), une présence féminine n’aurait pas été de trop… Et gare à celui qui me dit que la chienne est une femelle, alors ça compense ! Je parle d’une vraie nana, pas de cette douce Bingo qui défend son maître…


La plume de Pierre Gaulon est agréable, fluide, aérée et vraiment simple à suivre. Cela efface le sentiment de « déjà lu/vu ». Il y a de bonnes descriptions, parfois réalistes et gores comme j’aime. Il a choisi d’écrire une histoire de zombies en France, ce qui m’a beaucoup plu. Cela est encore assez rare dans la littérature Z, donc je ne peux qu’encourager l’auteur pour cette initiative.

A travers son récit/son thriller, Pierre Gaulon met en avant plusieurs réflexions sur la vie, la solitude et sur l’Homme. Plusieurs phrases pertinentes ponctuent le récit. Quoi qu’il en soit, cela change de la simple survie. Chaque personnage réfléchit sur son passé, sur sa famille, sur son futur et sur l’avenir du Monde. Pas de gros carnage de zombies, ni de groupes de réfugiés qui s’organisent, on reste plutôt dans la solitude. Les réflexions à ce sujet ne sont pas aussi poussées que « La nuit a dévoré le monde » de Martin Page, néanmoins cela reste très intéressant.

Pour ceux qui aiment savoir d’où provient le virus, sachez que vous aurez plus ou moins la réponse à la fin de l’ouvrage. Vous n’aurez pas droit au patient zéro, cependant vous serez ce qui a fait que la civilisation a basculé… En parlant de fin… Au risque d’en surprendre certains, j’ai aimé la conclusion. Parce qu’au fond, il y en a marre des happy ends ou des épidémies qui s’arrangent en moins de temps qu’il n’en faut ! C’est plus crédible ainsi… Et on pourrait aisément imaginer un second tome avec Olivier.

 

Vous l’aurez compris : c’est encore un livre de zombies que je lis, mais qui vaut tout de même le détour grâce aux sujets abordés et surtout grâce à la plume de l’auteur. Pierre Gaulon m’a donné envie de découvrir d’autres ouvrages de son cru…

 

Citations :

Dehors, l’armée à l’allure mécanique se regroupait autour d’un point mobile. Louis ne distinguait nullement l’objet de sa convoitise mais l’imaginait très bien. On aurait dit un banc de poissons tant la synchronisation était parfaite. A l’unisson, tous se tournaient à droite ou à gauche, avançaient ou reculaient en une terrifiante chorégraphie. […]
Ils étaient des dizaines, des centaines se mouvant au même rythme saccadé, de leur allure d’adolescent dégingandé. Et au milieu de cette mob danse ahurissante, un cri monstrueux.
Quelqu’un se trouvait au milieu de la foule.

—————

Cet isolement forcé lui fit prendre conscience qu’il avait passé la majorité de sa vie enfermé, comme la plupart des gens.
Une routine de l’emprisonnement volontaire devenue inconsciente.
Le matin, on quittait sa maison pour se rendre en voiture au travail avant de retourner se confiner dans sa prison personnelle. Oh certes, il arrivait qu’on sorte faire du sport dans une « salle » sur des vélos immobiles ou des tapis roulants. Et lorsque l’on avait besoin de décompresser, où se rendait-on ? Parfois au cinéma, les yeux concentrés sur une toile, au milieu de quatre murs, parfois boire un coup dans un pub, et parfois en boîte, terme suffisamment explicite pour être développé.
Tous les prétextes étaient bons pour justifier sa propre captivité. En hiver, il faisait trop froid, en été, trop chaud (même si cette disposition tendait à s’effacer à cause du réchauffement climatique), et en automne ou au printemps, on se plaignait de la pluie ou du vent. Pas étonnant que certains détenus de longue date ne puissent quitter les barreaux rassurants de leur cellule.
On cultivait sa propre captivité.
Pire, il nous arrivait même de l’acheter.

Ma note :

♥  4/5

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