Romances·Romans

« Au commencement était le verbe » d’Elise Jadelot

emilie Un avis de Saiwhisper

Titre : Au commencement était le verbe
Auteur : Elise Jadelot
Genre : Pièce de théâtre
Editeur : Les refusés

« Au commencement était le verbe » est une courte pièce de théâtre recommandée dans le club des lecteurs de ma médiathèque. Il s’agit d’un aucommencementetaitleverbemonologue aussi sombre qu’éphémère où la narratrice prononce une phrase puis va de suite à la ligne. D’ailleurs, ces cinquante-cinq pages, elles se lisent d’une traite. Non seulement parce que le texte est court, mais également parce qu’on ne lâche pas ce petit ouvrage…

 

Pour tout vous avouer, j’ai lu cette pièce à haute voix, afin de bien sentir le poids des mots. Heureusement, j’étais seule à la maison : je n’imagine pas la tête de mon conjoint si je lisais quelque chose d’aussi difficile pendant une quinzaine de minutes. S’il avait été dans la pièce, il aurait écouté l’histoire d’une femme qui écrit des lettres à un certain « A. », mais qui ne va jamais les envoyer. Son courrier, elle va surtout s’en servir pour tapisser ses murs… Pour avancer, refaire sa vie et se construire des souvenirs d’un passé récent… Tant de lettres qui ne seront jamais postées ! Qu’ils sont durs, ces mots remplis d’amour, de promesses, d’espoirs et de chagrin…

Le lecteur observe la narratrice sombrer peu à peu dans la folie et dans le désespoir : A. lui manque, son odeur lui manque, le contact humain lui manque… Et elle se sent seule. Pourtant, elle a deux colocataires qui égayent son quotidien. Il y a Yasmina qui adore jouer aux échecs et Fred, cette marseillaise qui aime les Femmes, et qui déteste se promener… Fred est un personnage très touchant : elle a un lourd secret qui lui pèse sur le cœur. C’est un personnage qui m’a beaucoup marquée… Sans doute plus que l’héroïne dont on ne sait finalement pas grand-chose. Le secret de Fred m’a émue. En outre, un chapitre qui ne contient qu’une phrase et qui parle d’elle m’a glacé le sang… C’est dur, violent, poignant…

 

Même si c’est court et même si j’aurais souhaité en savoir plus sur notre amoureuse transie, j’ai été touchée par cet ouvrage où l’écriture est un exutoire. Cela me fait songer à mon propre passé où la seule façon de me calmer et de réfléchir était de coucher mes sentiments sur du papier. Pour l’héroïne, je crois que c’est tout à fait ça… J’ai l’impression qu’elle écrit pour ne pas sombrer dans la folie, pour aller mieux et pour ne plus s’ennuyer…

Un petit bout de texte qui émeut, j’en ai croisé très peu pour le moment. Une chose est sûre, je ne compte pas l’oublier…

Citations :

J’ai envie de refondre ce que je suis…
Je le décide ici.
Si je ne le veux pas maintenant, jamais je ne le voudrai.
Loin de toi tout me paraît vide…
J’ai commencé à mettre un peu de moi dans ce gris.
J’ai décidé que j’afficherai sur ces murs chaque lettre que je t’écrirai.
Je ne t’en enverrai aucune.
Pas tant que je suis ici.
Je veux refaire ma vie en même temps que cette chambre.
Pour me permettre d’avancer.
De me construire des souvenirs d’un passé récent.
Me créer un jardin secret visible de tous.
Chargé de moi.

—————

Elle a pris l’enveloppe
Dans ses mains gercées.
A collé son nez
Sur les caractères noirs
De son nom.
Comme si elle voulait les aspirer.
A palpé le contour du pli avec douceur.
Comme si ses mains pouvaient le goûter.
[…] Elle a mis les trois pages d’écriture stylobille sur sa poitrine.
Comme si elle essayait de repousser le moment de lire.
Qu’elle voulait imprimer sur ses deux seins
L’encre sèche.

 

Ma note :

♥  4/5

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s