Romans policiers / Thriller

« Mapuche » de Caryl Férey

emilie Un avis de Saiwhisper

Titre : Mapuche
Auteur : Caryl Férey
Genre : Roman policier/Thriller
Editeur : Folio

Wahou… Il m’en aura fallu du temps pour avancer dans ce roman ! Non pas qu’il soit inintéressant ou trop long, bien au contraire : la plume de l’auteur est détaillée, très prenante et de qualité ! C’est surtout que les thèmes abordés par ce polar sont difficiles. En effet, Caryl Férey plonge son lecteur dans une ambiance sombre, pervertie et dure. le récit se passe en Argentine, un pays gangréné par la violence. Ici, pas de douceur et de types bien intentionnés. couv52666654Chaque coin de rue est perverti par les racailles, la corruption, la prostitution, la drogue, le meurtre et la torture. Si vous n’aimez pas les romans noirs, autant passer votre chemin.

Au début du roman, on avance sur deux affaires : celle de Jana et de Ruben. Jana est l’une des rares Mapuche encore en vie. Ce qui la passionne, c’est la sculpture car elle y met tout son cœur et ses tripes. Malheureusement, elle est obligée de tapiner pour survivre… Son ami »e », Paula, est un travesti. Un jour, elle vient la voir en lui expliquant que Luz, un autre travesti, a disparu. Après quelques recherches, les deux prostituées retrouvent le corps de Luz castré et mutilé dans l’eau saumâtre du Riachuelo. Pourquoi autant de cruauté ? Pour quelles raisons un simple travesti a été tué ? Étant méprisées et ignorées par les forces de l’ordre, Jana et Paula décident alors d’enquêter par elles-mêmes…
Ruben est le fils du poète Caderon qui a été assassiné en prison pendant la dictature. Depuis ce drame, il a décidé d’ouvrir une agence de détective privé. Un de ses amis lui confie une enquête : celle de Maria Victoria Campallo. Ruben avait déjà bien à faire avec cette affaire, pourtant, l’arrivée de Jana dans son agence bouleversa tout. Et si les deux affaires avaient un lien ? Sans le savoir, Jana et Ruben ont donné un coup de pied dans une fourmilière ! Ils sont tous les deux en danger et ce, bien plus qu’ils ne le pensent…

A travers son récit, Caryl Férey fait référence à des faits réels (que je ne connaissais pas avant de lire « Mapuche »), ce qui rend l’œuvre encore plus sombre… Il s’agit des folles de mai, ces « Grands-mères » qui recherchent des proches ou des enfants enlevés car leur famille s’opposait au régime. On parle de ces 30 000 disparitions, des tortures infligées ou des gens violés et tués salement, notamment ceux jetés du haut d’un avion. Cette violence historique a bien été réelle, ce qui donne un certain poids à l’intrigue…

Caryl Férey a un talent certain pour décrire les scènes difficiles, mais aussi celles pleines d’action. J’ai particulièrement apprécié le passage où Jana va aller au Libertad pour fouiller dans les archives de l’armée. Le cœur battant et sentant une poussée d’adrénaline, j’ai vraiment été en alerte ! J’aime beaucoup lorsque j’arrive à ressentir des choses grâce au style d’un auteur. C’est l’une des choses que je recherche dans un roman. En plus d’être dure et crue, la plume de l’auteur est amusante. En effet, l’humour est présent dans certaines scènes ou dialogues, ce qui amène des joutes verbales acides. C’est juste ce qu’il faut pour pimenter le récit. Jana et Ruben ont tous les deux du répondant et ne se laissent pas faire. J’ai aimé leurs piques.

Les personnages sont bien développés : de la simple fliquette aux travestis, tous cachent leurs blessures physiques et psychiques. C’est surtout le cas de nos deux protagonistes. D’ailleurs, tout oppose nos deux héros : leur âge, leurs origines sociales et ethniques, … Et pourtant, ils vont s’aimer. Leur relation est assez touchante. On comprend pourquoi ils se sont rapprochés et pourquoi ils ont besoin l’un de l’autre. Comme Jana, le passé de Ruben est noir : ce qu’il a vécu pendant sa captivité est juste horrible… Le lecteur devra attendre les trois quarts du roman avec le chapitre « Le cahier triste » pour connaître son passé. Si le reste de l’œuvre était « supportable », je dois avouer que les scènes de ce chapitre m’ont beaucoup touchée. Ce qu’il est s’y passe est juste affreux et dégueulasse… Le comble de l’horreur… Comme le dit si bien Caryl Férey : « La cruauté des hommes n’a pas de limite ». C’est tellement vrai…

Honnêtement, l’intrigue est très prenante. On est bousculé dans une affaire sinistre aux nombreux rebondissements. De plus, les personnages souffrent et sont plus d’une fois maltraités par l’auteur. Comme dans Game of Thrones, il ne vaut mieux pas s’attacher aux protagonistes car ils peuvent très vite disparaître… Petit bémol : à certains moments, j’avais vraiment l’impression de voir le gentil couple face aux « méchants ». J’ai trouvé cela assez facile. Cependant le reste de l’ouvrage m’a grandement plu même si ce n’est pas un univers dans lequel j’ai l’habitude de me plonger. Si vous aimez les polars noirs où l’on mêle fiction et réalité, « Mapuche » est fait pour vous.

 

Citations :

Une pluie tropicale picorait le toit de l’atelier.
Les billes de plomb fondaient toujours dans sa gorge mais Jana ne pleurait plus. Elle l’avait trop fait, son chagrin s’était tari. Tristesse, impuissance, désespoir, les Mapuche s’étaient toujours battus, jusqu’au bout. Jana Wenchwn était une welfache, une guerrière, depuis le jour où les carabiniers avaient fracassé la porte de la maison. Elle ne tuerait pas sans combattre…

—————

« La vérité est comme l’huile dans l’eau : elle finit toujours par remonter », répétaient les militantes.

 

Ma note :

♥  4/5

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2 réflexions au sujet de « « Mapuche » de Caryl Férey »

  1. J’ai vu son nom de cet auteur circuler sur Babelio. Est-ce que tu en as lu d’autres livres de lui ?
    Je ne sais pas si j’en lirai un livre de lui un jour, mais ta critique est bien décrite et elle donne envie.
    Tu ne cesses de m’étonner par ton vocabulaire riche, que tu prends et je ressens que tu aimes vraiment écrire.

    Aimé par 1 personne

  2. Non, je n’ai rien lu d’autre de lui. Une collègue m’a proposé de lire « Zulu », mais elle m’a dit que c’était aussi dur, violent et perverti que « Mapuche »… Donc je n’ai pas osé. Comme ton livre de Bordage, c’est vraiment une lecture forte/difficile qui te prend aux tripes (car tout repose toujours sur des faits réels). Après ça reste prenant et intéressant, mais il faut être prête moralement avant de s’attaquer à l’un de ses livres.^^
    Oui, j’aime bien écrire, cependant j’ai l’impression de toujours dire la même chose… (Ou presque) J’espère m’améliorer en continuant de rédiger des avis de temps à autres. En tout cas, je te remercie pour tes commentaires ainsi que pour tes compliments qui m’ont émue et font très plaisir.

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