Romances·Romans

« Amours » de Léonor de Recondo

emilie Un avis de Saiwhisper

Titre : Amours
Auteur : Léonor de Recondo
Genre : Roman/Romance
Editeur : Éditions Sabine Wespieser

« Amours » de Léonor de Récondo est une lecture qui m’a laissée perplexe… En effet, je suis couv63734362partagée entre le fait que les sentiments sont superbement bien décrits grâce à la très belle plume de l’auteure et le fait que l’histoire de Céleste est juste affreuse de A à Z…

Au début du roman, on est plongé au cœur du Cher, dans un monde bourgeois du début du XXème siècle. Anselme de Boisvaillant est en train d’abuser de sa domestique, Céleste, qui malheureusement subit régulièrement les assauts de son maître… Une scène révoltante et pourtant banale à cette époque… Victoire, la femme d’Anselme, est malheureuse. Bien qu’elle ignore les tromperies de son mari, elle ne se sent pas aimée et vit très mal le fait qu’elle n’ait toujours pas de descendants après cinq ans de mariage. Anselme étant souvent absent, elle passe ses journées à faire la charité ou à rester chez elle en compagnie de ses trois domestiques : Pierre, Huguette et Céleste. Sans grandes convictions, elle se laisse vivre en réalisant que toutes les journées se ressemblent… Jusqu’au jour où elle aperçoit Céleste nue. Outre la beauté de son corps, ce que Victoire remarque, c’est son petit ventre arrondi : Céleste attend un bébé…

Grâce à la plume raffinée et additive de l’auteure, on plonge au cœur des secrets de la famille des Boisvaillant (secrets passés et actuels)… Peu à peu, les non-dits éclatent et surprennent le lecteur qui ne peut s’empêcher de dévorer l’ouvrage. La condition de la Femme est superbement abordée et ce, qu’elle soit une servante ou une bourgeoise. Léonor de Récondo fait table rase des origines sociales et démontre qu’à cette époque, la Femme est prisonnière de conventions et de règles auxquelles elle ne peut pas déroger… La Femme est une Mère et ne peut rien faire sans son mari. Par ailleurs, les sentiments (troubles, amours, regrets, colères) sont bien dépeints. L’auteure a vraiment une très belle plume : elle sait décrire des scènes avec délicatesse, harmonie et sensualité (exemple : la découverte des corps dans la chambre de Céleste). D’autres thématiques sont également abordées avec justesse : la religion, l’amour interdit, la place de la sexualité et l’émancipation. « Amours ». Pas un seul amour. Amours au pluriel : l’amour officiel/légitime, l’amour familial et l’amour interdit/illégitime/tabou… Un amour nait entre deux femmes que tout oppose : Céleste est une jeune femme douce, assez renfermée mais attendrissante, tandis que Victoire est une femme froide de premier abord et mal dans sa peau.

Les personnages, principaux comme secondaires, sont décrits avec un certain réalisme, de la justesse et beaucoup d’émotions. Les domestiques ont tous un passé difficile et leurs faiblesses, ce qui les rend « humains ». J’ai vraiment apprécié le couple Pierre-Huguette qui arrivent à communiquer, se comprendre et se soutenir. L’auteure n’a pas mis de côté ses personnages secondaires et leur a accordé quelques pages en plaçant la narration de leur point de vue. C’est très agréable. Malgré la dureté de la situation, les deux jeunes femmes ont également une très belle histoire. J’ai aimé la façon dont elles se sont découvertes, puis apprivoisées et enfin aimées… Malgré tous ces points positifs, j’ai éprouvé un grand malaise en lisant ce roman… Ce ressenti révélera quelques scènes de l’ouvrage. Aussi, si vous ne souhaitez pas être spoilé(e), ne surlignez pas le texte en vert.
le personnage de Céleste m’a fait beaucoup de peine et, bien qu’elle soit un personnage de fiction, je n’ai pu m’empêcher de ressentir de l’empathie pour elle. Toute sa vie a été affreuse et elle n’a eu de répit qu’au moment où elle et Victoire se sont aimées… Hélas, cela n’a duré qu’un temps. Il y a d’abord sa mère qui, à force d’aller coucher de droite à gauche, est incapable de se souvenir l’âge ou la vie de ses enfants. Céleste n’a donc pas vraiment de famille sur laquelle se reposer. Ensuite, elle est jeune (17 ans il me semble) et se fait régulièrement abuser par son maître qui utilise sans vergogne le droit de cuissage. Par crainte de perdre sa place, la pauvre demoiselle est obligée de se taire et de subir les vas-et-viens douloureux de cet homme. Vient alors la naissance du bébé… Au début, elle n’aura pas le droit de l’approcher ni de le voir. On lui vole son fils et elle n’aura pas son mot à dire. Plus tard et malgré ses sentiments pour sa maîtresse, elle continuera à se soumettre et à ne rien dire afin d’éviter un scandale… Enfin, elle ne trouvera pas d’autre solution que de se suicider en contractant la phtisie, une terrible maladie qui l’aura fait souffrir… Une fois de plus ! C’est finalement assez injuste et cruel… La fin m’a donc autant émue que laissé un goût amer.

Malgré cela, j’ai été comblée par ma lecture que je recommande à tous ceux et celles qui aiment les belles plumes. Cet ouvrage a été proposé dans le cadre du club des lecteurs de ma médiathèque. Je suis toujours ravie de découvrir des ouvrages vers lesquels je ne me dirigerais pas forcément, mais qui suscitent de belles émotions ou qui ne me laissent pas indifférente.

 

Citations :

De la vie, on ne garde que quelques étreintes fugaces et la lumière d’un paysage.

—————

L’amour est là, où il ne devrait pas être, au deuxième étage de cette maison cossue, protégé par la pierre de tuffeau et ses ardoises trop bien alignées, protégé par cette pensée bourgeoise qui jusque là les contraignaient, et qui, maintenant leur offre un écrin. Point de velours cramoisi, point d’alcôve confortable, mais un lit de fer et une couverture de laine qui leur gratte la peau. L’éblouissement à portée de doigts et de langues.

 

Ma note :

♥  4/5

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