Romans policiers / Thriller

« Tranchecaille » de Patrick Pécherot

emilie Un avis de Saiwhisper

Titre : Tranchecaille
Auteur : Patrick Pécherot
Genre : Roman policier / Roman historique
Editeur : Folio

résumé du livre

Chemin des Dames, 1917, l’offensive du général Nivelle tourne à l’hécatombe. Dans l’enfer des combats, un conseil de guerre s’apprête à juger le soldat Jonas, accusé d’avoir assassiné son lieutenant. Devant l’officier chargé de le défendre défilent, comme des fantômes, les témoins harassés d’un drame qui les dépasse. Coupable ? Innocent ? Jonas est-il un simulateur ou un esprit simple ? Le capitaine Duparc n’a que quelques jours pour établir la vérité. Et découvrir qui est réellement celui que ses camarades ont surnommé Tranchecaille.

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Ma critique

Je vais être franche : je n’avais pas vraiment envie de lire ce roman de suite… Néanmoins, il allait peut-être faire partie du prochain club des lecteurs et il fallait que je prenne un peu d’avance dans ce genre de lectures… Finalement ? BOUM ! Une grosse claque ! J’ai adoré ! Ce mélange de « La peur » de Gabriel Chevallier et d’un roman policier m’a bouleversée. L’action se déroule en 1917, dans l’Aisne avec, évidemment, cette abominable bataille du Chemin des Dames. tranchecailleL’horreur de la guerre est très bien retranscrite que ce soit au niveau du front, des permissions, des scènes à l’infirmerie ou du quotidien des poilus. La Guerre vue sous tous les angles…

Cette enquête est menée d’une main de maître à travers divers chapitres qui sont en fait des lettres, des témoignages, des interrogatoires, des discussions ou des scènes rapportées. J’ai trouvé cela original. Ce ne sont pas de simples chapitres où la narration passe d’un personnage à un autre, mais bien des rapports, des échanges verbaux, des pièces qui constitueront le dossier de son enquête. Tout le monde donne son avis sur le soldat Jonas, alias « Tranchecaille ». Un fainéant ? Un âne ? Un comédien qui joue le benêt ? Un homme mystérieux ? Un gosse au pantalon trop grand ? De la chair à canon parmi tant d’autres ? Un soldat au regard étrange ? Un assassin ? Chacun met son grain de sel. Hélas, le tribunal bientôt doit se réunir sur cette affaire afin de le déclarer ou non coupable Jonas. A-t-il tué son lieutenant ? Quelles vérités éclateront de cette sinistre affaire ? Le capitaine Duparc tente de démêler ce sac de nœuds. Malheureusement, tandis que Jonas plaide son innocence, tout l’accuse… Le jeune homme se montre également violent voire menteur… La menace du peloton d’exécution plane. Il ne reste plus beaucoup de temps…

On n’est pas au bout de nos surprises. Les pistes, jetées de-ci de-là, ne laissent rien deviner. Je suis tombée de haut plusieurs fois. J’ai douté. J’ai cru comprendre et détenir des réponses… Au fil des témoignages, on se rend compte qu’il y a une véritable intrigue et qu’elle est assez compliquée à résoudre. J’aime énormément les ouvrages où l’auteur balade son lecteur d’un coupable à un autre. Patrick Pécherot y est parvenu avec brio. Tout au long des pages, j’étais remplie de doutes et de questions. Mais la vérité ou la justice a-t-elle finalement son importance dans un tel univers où tout peut basculer du jour au lendemain sous les tirs ennemis ?

Je ne pensais pas que « Tranchecaille » me plairait autant, surtout avec une telle idée de récit. Mélanger le genre polar avec la Grande Guerre, il fallait oser ! Mais Patrick Pécherot s’en est sorti haut la main. Je m’en vais de suite conseiller cet ouvrage à quelques proches qui, je l’espère, apprécieront cette œuvre même si le sujet n’est pas joyeux… Quant à vous, potentiels lecteurs, je ne peux que vous recommander ce livre « historico-policier » passionnant !

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Citations

Dans le grand silence qu’est celui de l’aube, quand le canon a fermé sa gueule, les plaintes montaient de partout, comme si la terre geignait. Les infirmiers savaient plus où donner de la civière. Nous, on était moins pressés. Les mortibus ont pas le feu au derche. Dans ces moments-là, on ramasse ce qu’on peut, d’abord les moins amochés. Les morceaux, moi je les laisse. Chacun sa manière. J’en connais qui ramènent que les bouts, c’est moins lourd à charrier. Je discute pas, mais, un cadavre complet, ça fait mal au cœur de le laisser pourrir. Je voudrais pas qu’on abandonne ma carcasse toute seule. J’aurais l’impression de mourir deux fois. C’est idiot, non ? Et puis, sans être cul-bénit, on sait pas ce qu’il y a de l’autre côté. La résurrection de la chair et la vie éternelle, amen, tout ça vous trotte dans le ciboulot. On gamberge, on se dit qu’on a peut-être plus de chances de ressusciter entier… Dame, vous voyez un bras ou un tronc frapper chez saint Pierre ? Il serait bien emmerdé pour en faire quelque chose. Le paradis, c’est pas un magasin de pièces détachées.

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Le lieutenant, on l’a trouvé en ramassant les morts, Émile et moi. C’était pas beau à voir, là-dedans. Ils étaient trois dans le trou d’obus.
Emmêlés comme des pantins au fond d’une malle a dit Émile en les retournant.
Émile, il est marionnettiste, dans le civil. Vous savez, ainsi font, font, font… Ceux-là, ils avaient fini leurs trois petits tours. Les deux du dessous étaient déjà bien bouffés par les rats. Des gaillards gros et gras, dégueulasses, nourris à la chair de poilus. Ils s’en étaient donné à cœur joie, les saloperies…

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– Pilleur de tombe, à présent. Vous ne respectez donc rien ? Ni l’uniforme que vous portez, ni le repos des morts…
– …
– Vous souriez ?
– Pardonnez, mon capitaine, c’est le repos des morts…
– Eh bien, qu’y a-t-il ?
– On s’occupe pas tant des vivants.

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Ma note

  5/5

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challenge abc

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2 réflexions au sujet de « « Tranchecaille » de Patrick Pécherot »

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