Romans

« Ne préfère pas le sang à l’eau » de Céline Lapertot

emilie Un avis de Saiwhisper

Titre : « Ne préfère pas le sang à l’eau »
Auteur : Céline Lapertot
Genre : Roman
Éditeur : Viviane Hamy

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résumé du livre

« Cette sensation de fin du monde, quand tu as dix ans et que tu comprends, du haut de ton mètre vingt, qu’il va falloir abandonner la sécheresse de ton ocre si tu ne veux pas crever. Je serais restée des millénaires, agenouillée contre ma terre, si je n’avais pas eu une telle soif.  Maman a caressé la peau de mon cou, toute fripée et desséchée, elle m’a vue vieille avant d’avoir atteint l’âge d’être une femme. Elle a fixé les étoiles et, silencieusement, elle a pris la main de papa. On n’a pas besoin de discuter pendant des heures quand on sait qu’est venu le moment de tout quitter. J’étais celle à laquelle on tient tant qu’on est prêt à mourir sur les chemins de l’abîme. J’étais celle pour laquelle un agriculteur et une institutrice sont prêts à passer pour d’infâmes profiteurs, qui prennent tout et ne donnent rien, pourvu que la peau de mon cou soit hydratée. J’ai entendu quand maman a dit On boira toute l’humiliation, ce n’est pas grave. On vivra. Il a fallu que je meure à des milliers de kilomètres de chez moi. »

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Ma critique

Nouveau coup de poing pour Céline Lapetot ! Elle m’avait déjà mise KO avec « Et je prendrai tout ce qu’il y a à prendre », un roman qui m’avait impressionnée que ce soit pour son scénario, pour sa narration ou pour la violence et la véracité de la plume de l’auteure. arton2526-8d395J’avais été marquée par cette lecture au point que, lorsque j’ai vu « Ne préfère pas le sang à l’eau » dans la Masse Critique Babelio, je coche directement cet ouvrage. Je désirais ressentir des choses fortes, au point d’assécher ma gorge ou de me serrer les tripes. J’avais envie d’être de nouveau ballottée par le style de Céline Lapetot. Bingo ! Cette nouvelle publication ne laisse pas le lecteur indifférent…

L’ouvrage commence avec un sujet difficile qui m’a rappelé « Entre deux mondes » d’Olivier Norek, l’une de mes lectures du mois. En effet, la moitié du roman va se placer du côté d’un groupe de migrants assoiffés qui débarque en ville. Malheureusement, un drame survient… La narration passe alors à travers Karole, une fillette, suivie de sa mère et d’autres personnes qui étaient présentes lors de l’incident. Les mots ont agi comme de gifles : tout est, encore une fois, dans un style incisif, brutal, juste et puissant. Céline Lapertot ne fleurit pas les faits. Elle ose dire les choses. Même si les mots font mal, sont percutants ou font réfléchir, elle expose les faits avec une justesse incroyable… Parallèlement au récit de Karole et les autres, on découvre « T. », un prisonnier. Je ne vous donnerai pas son prénom, car il faut lire les premières pages pour qu’Il vous offre le droit de le connaître… « T. » est en cellule parce qu’il a écrit. À la manière d’un journal d’un condamné, il va expliquer comment il en est arrivé là, va narrer son enfance, va exposer son combat ainsi que sa perception de son pays et du monde en général. Il va également raconter son quotidien en prison, en particulier ses échanges avec Titouan ou Marco, d’autres détenus. Au début, on se demande quel est le lien entre ces deux récits puis, peu à peu, on comprend… Ce qu’il se passe en prison est rude et violent, en particulier dans les derniers chapitres qui tiennent vraiment en haleine… Mais ce qu’il est arrivé à Karole est encore plus marquant. Comme le dit si bien l’auteure « Ça te stupéfie, un adulte mort. Mais un enfant, ça te désespère. Jusqu’à la fin de ta vie. ».

Roman puissant, « Ne préfère pas le sang à l’eau » m’a laissé des marques et m’a déboussolée au point que je doive rédiger mon avis à chaud, en espérant retranscrire un peu l’émotion que j’ai ressentie au fil de ma lecture. Nul doute que, comme « Et je prendrai tout ce qu’il y a à prendre », j’en garderai des cicatrices. Céline Lapertot m’a de nouveau prouvé qu’elle savait remuer son lecteur, le faire réfléchir et proposer une œuvre bien écrite. Petit roman, mais grosses thématiques ! Merci à Babelio et aux éditions Viviane Hamy pour cette découverte.

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Citations

J’ai pleuré. La seule eau que je connaissais bien. L’eau de mon corps.
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À quoi pense Tristan à présent qu’il écrit seul, dehors, et qu’il bombarde de lettres anonymes les foyers de la ville tout entière. À quoi pense-t-il maintenant qu’il sait que même les actes les plus minuscules ont d’immenses conséquences, qu’écrire, pour nos dirigeants, c’est comme tuer. Je n’ai jamais posé des bombes, je n’ai jamais tiré de rafales, je n’ai jamais lancé de pavés ni brûlé de voitures. D’autres l’ont fait et j’ai fini par y être mêlé. Dans ce pays qui s’étend sur une longue nuit, j’ai simplement écrit. Je n’ai rien fait si ce n’est écrire. Mais plaquer des mots sur la haine est une action comme un autre, et dans un pays où la loi du plus fort est toujours la meilleure, on arrête et punit de la même manière l’homme qui écrit et l’homme qui sabote. On meurt pour des idées, voilà ce que j’ai dit à Tristan lorsqu’il a souhaité nous rejoindre. Fais attention à ce que tu écris, on en meurt.
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L’eau, ce ruisseau indispensable au paisible écoulement de nos jours. L’eau, ce diamant précieux et vital, qu’on s’arrache des mains comme des chiffonniers. On fait bêtement couler le sang pour ce qui relie la totalité de l’humanité. Ce trésor qui nous abreuve et qui nous lave, cette eau qu’on laisse couler sous la douche quand on se perd dans nos pensées, on chie dedans quand d’autres sont à genoux pour lécher le fond des mares. Ils se prosternent devant leurs trois ou quatre gouttes de pluie, quelques fois dans l’année. Papa l’avait dit, quand nous sommes arrivés : « Ne préfère pas le sang à l’eau. La vie, c’est gratuit. Ne fais pas couler le sang pour ce qui appartient à l’humanité. ».

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Ma note

♥  4,5/5

8 réflexions au sujet de « « Ne préfère pas le sang à l’eau » de Céline Lapertot »

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