Journal·Romans

«Les Misophones» de Bruno Salomone

Les Misophones
ISBN : 978-2-266-30051-3
Avril 2020 | 249 pages | 6.95€

Bruno Salomone
Editions POCKET
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Damien est misophone. Tous les petits bruits du quotidien lui sont insupportables : croustillements de pop-corn au cinéma, aspirations interdentaires d’un voisin de table, mastication de chewing-gum dans le métro… À sa solitude s’ajoute ce fardeau qu’il pense être le seul à porter, jusqu’au jour où il croise le chemin d’Alexi, serveur à la répartie grinçante. Ces deux naufragés du cœur vont vite devenir complices grâce à leur misophonie. De leur handicap, ils feront un atout. Leur vie, ballottée entre tumulte sentimental et chaos acoustique, va être bouleversée, pour le meilleur et pour le pire…

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game2016face

Mon avis :

Ce roman de Bruno Salomone est court, facile et rapide à lire. Si certains passages m’ont semblé parfois invraisemblables, je dois avouer qu’il ne m’a pas laissé indifférente. Dans cette première partie, je vais essayer de vous parler du roman sans trop vous spoiler, tandis que dans la seconde partie, je vais vous donner mon point de vue sur la misophonie.

Dans «Les Misophones», nous suivons Damien et Alexi, deux Français pour qui la vie n’est pas toujours facile. Ils sont tous les deux atteints de misophonie et si l’un sait de quelle pathologie il souffre, l’autre en revanche ne le sait pas et subit de plein fouet les conséquences qu’entraîne son handicap. Qu’est-ce que la misophonie ( 4S ou Selective Sound Sensitivity Syndrome en anglais) ? Ce roman l’explique à travers différentes scènes du quotidien et montre peu à peu à quel point cette pathologie invisible aux yeux de tous peut détruire une personne et créer un profond mal-être.

« Miso »: la haine; « phone »: des sons. La haine des sons. Les misophones détestent les petits bruits agaçants du quotidien qui paraissent anodins aux autres mais qui leur sont insupportables, au point de leur faire perdre leur sang-froid. Cela provoque en eux une sensation de haine ou de dégoût.

Au début du roman, Damien explique que ça fait cinq ans qu’il se rend tous les matins au bar de La Criée dans le XIIe arrondissement de Paris, afin d’observer Alexi, le serveur à l’humour « so British », qui le fascine. Un jour, un incident survient et Damien ressent le besoin de tendre la main à Alexi afin de le réconforter et de l’aider à comprendre ce qu’il vient de se passer. En effet, le serveur est misophone sans le savoir et Damien, qui est ici le narrateur, tente d’expliquer à Alexi la pathologie dont il souffre. Si au début Alexi ne veut pas accepter sa condition, il va finalement écouter Damien et le suivre pour en savoir plus. C’est ainsi que démarre leur amitié et leur voyage dans le quotidien des misophones.

Le personnage de Damien est, selon moi, comme un guide. Bien qu’il soit lui aussi atteint de misophonie, il semble pouvoir se maîtriser et faire face à toutes ces agressions du quotidien, en plus d’être bien informé sur le sujet. De ce fait, il sert de guide à Alexi qui lui est complètement dépassé par la situation et ne comprend pas ce qui lui arrive. Peu à peu et au travers de scènes du quotidien, parfois agrémenté d’humour, on voit les deux protagonistes évoluer, se dépasser et réussir à vivre dans cette société bruyante et agressive.

Avec ce roman, Bruno Salomone exprime son mal-être et celui de tous les misophones à travers le récit de Damien et Alexi, en plus d’expliquer aux non-misophones ce qu’est cette pathologie encore méconnue et dont on ne parle pas beaucoup. Si vous êtes misophones, lisez cette oeuvre ! Vous vous sentirez moins seuls et vous pourrez relativiser. Si les sons ne vous font rien, mais que vous êtes curieux ; si vous connaissez quelqu’un qui réagit au moindre bruit et que vous ne le comprenez pas… Je vous invite également à livre ce roman.

Ta fatigue ne t’aide pas, c’est certain, mais au-delà de ça, tu souffres d’une pathologie dont on ne peut guérir. Le seul moyen de l’apaiser, c’est d’en parler.

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La misophonie, mon quotidien :

Tout d’abord, merci de lire cette chronique ! Si tu poursuis la lecture de cet article, c’est que tu as envie d’en savoir plus sur la misophonie, ou que tu en es également atteint et que tu souhaites avoir le point de vue de quelqu’un d’autre sur cette pathologie.

Aujourd’hui, à travers cet article, je me livre entièrement à toi. Comme Damien dans le roman, je fais mon Phoning Out ! Jusqu’à maintenant, seuls mes parents et mon petit frère étaient au courant et surtout témoin de mon « problème ». Cela fait presque deux ans que je sais que je suis misophone et environ quinze ans que je souffre de cette pathologie. Tu dois te dire que c’est énorme quinze ans et je vais te répondre que oui, mais aussi qu’au début ce n’était « rien » ou du moins que je n’y prêtais aucune attention ! Entendre mon papa siffler tous les jours à différents moments de la journée m’agaçait, à l’internat du lycée, le bruit que faisait la balle rebondissante d’une camarade de la chambre à côté s’est ajouté à la liste. Oui, je parle de liste, car il y a désormais énormément de sons qui me font du mal et plus le temps passe, plus la liste s’allonge. Dans ton voisinage, tu as peut-être une personne plus âgée qui semble austère, qui râle tout le temps dès qu’on entre sur sa propriété ou quand on fait trop de bruit. Si tu n’as pas ce genre de voisin, ce n’est rien, tu vois le genre de personne que je décris ? Eh bien … Voilà mon futur ? En tout cas, c’est ainsi que je m’imagine dans un avenir que j’espère encore très lointain. C’est triste non ? Je ne veux pas devenir insociable et distante.

Cette pathologie ne se voit pas et puisqu’elle est encore inconnue et incomprise, il est difficile d’en parler ouvertement. Parfois, j’ai honte de ce que je suis, de mes réactions, de mon comportement. Je te rassure, je ne suis pas violente ! Je suis au niveau 4 si je me base sur certaines informations présentes dans le roman, c’est-à-dire que je développe une réponse physique minimale face à un bruit déclencheur. Quand un son me déplaît, m’irrite ou plus… J’adapte (le plus souvent possible) mon comportement. En général, je m’éloigne de la source du bruit, je me bouche « discrètement » les oreilles, je mets des écouteurs et une musique que je trouve apaisante, je fuis la pièce d’où provient le bruit ou si je n’arrive pas à gérer mon irritation, je demande à la personne de stopper son activité. Je suis donc encore loin du niveau 10 qui pousse à la violence et à l’automutilation. Ce n’est pas une pathologie anodine. Il n’y a rien d’imaginaire, on souffre réellement à cause de certains sons. La plupart des bruits provoquent chez moi une sensation de malaise, mais quelques-uns provoquent quelque chose de plus fort, d’incontrôlable, de douloureux. J’ai encore du mal à décrire ce que je ressens face à certains bruits et je ne pense pas être la seule. Une chose est sûre, je n’aime pas qu’on m’impose un son ou une musique. Quand je choisis une musique/chanson ou que je fais moi-même un bruit, cela ne m’affecte pas. Chose étonnante également, moi qui travaille dans la petite enfance, entourée d’une ribambelle d’enfants, les bruits qu’ils font ne me dérangent pas contrairement aux sons produits par des adultes.

Alexi était une victime, attaqué régulièrement par ceux qu’il aimait. Un classique chez les misophones : les proches nous mettent souvent hors de nous, car nous connaissons leurs sons déclencheurs et nous avons tendance à les anticiper, ce qui ne fait qu’empirer l’hypersensibilité.

Quand j’évoque ma condition, c’est souvent face à quelqu’un qui ne connaît pas cette pathologie alors je fais mon possible pour expliquer en quoi consiste la misophonie, ce que cela implique et… Il y a plusieurs types de réactions possibles. En général, j’ai le droit à une plaisanterie ou alors la personne s’en amuse et reproduit le son qui m’insupporte pour déclencher volontairement une réaction chez moi. C’est douloureux quand cette personne est quelqu’un qu’on aime.. Tout d’un coup, on ressent une profonde tristesse et on se sent totalement incompris.

Avant de pouvoir mettre un nom sur ce qui m’arrivait, j’étais comme le personnage d’Alexi. Je ne comprenais pas pourquoi tel ou tel bruit me faisait sortir de mes gonds, pourquoi tout d’un coup, je fixais méchamment une personne ou tout simplement la source du bruit déclencheur. Ce genre de réaction provoque des tensions et parfois des disputes avec les personnes qui m’entourent… Ce n’est jamais agréable. Quand vient le moment de me remettre en question c’est encore plus difficile, car tout un tas de pensées négatives me traversent : Pourquoi je suis comme ça ? Pourquoi j’ai fait ça ? Cette personne n’a rien fait de grave.. J’ai un problème. Je suis folle ? J’ai envie d’être seule. Je veux m’éloigner de ce monde bruyant.

La misophonie n’est pas aussi lisible que d’autres pathologies, ses symptômes ne sont pas visibles pour les autres. Elle est sournoise mais réelle, elle est comme une gangrène qui te ronge jour après jour sans que tu t’en aperçoives. Elle te fait te sentir dérisoire alors qu’elle te fait souffrir intensément, ta bonne volonté n’y pourra rien. N’essaie pas de lutter, accepte-la. L’incompréhension des autres est fatale, elle sera ton fardeau et ils te le reprocheront. Tu n’as qu’une seule chance de t’en sortir : la résilience.

Il y a énormément de choses à dire sur la misophonie et chaque misophone n’a pas la même sensibilité, le même contrôle ou les mêmes sons déclencheurs. Le bruit de la mastication est commun à tous les misophones, mais il y en a d’autres : la respiration, la voix, les sifflements, le frottement entre deux doigts ou d’un doigt sur la peau sèche pour se gratter, le « slurp » quand quelqu’un prend son petit-déjeuner ou mange sa soupe à la cuillère, une vibration, un cliquetis répétitif, etc. A l’heure actuelle, il existe quelques études scientifiques qui révèlent que cette pathologie se forme durant l’enfance et se déclare entre l’adolescence et l’âge adulte. Cela provient d’une connexion particulière au niveau du cerveau. Peut-être qu’un jour il y aura une avancée scientifique majeur et qu’elle permettra la reconnaissance de cette pathologie qui peut s’apparenter à un handicap. Ces petits bruits nous pourrissent la vie… Que ce soit dans le cadre privé comme professionnel. Pour le moment, nous prenons sur nous et petit à petit nous en parlons. Comme pour tout, il faut en parler et s’intéresser au sujet pour faire avancer les choses.

Si tu es misophone, ou que tu penses l’être, n’hésite pas à me contacter en commentaire ou à venir me parler sur Instagram ! Je serais ravie d’échanger avec toi sur ce sujet. Tu n’es pas seul(e) ! Si tu n’es pas atteint par la misophonie et que tu souhaites tout de même discuter du sujet, tu peux aussi me contacter ! Je réponds aux messages bienveillants ou à la critique constructive.

Merci d’avoir lu cet article, soyez bienveillant et à l’écoute envers les personnes qui vous entourent. Je souhaite désormais adresser quelques mots à mes proches qui passeront peut-être sur cet article. Il est toujours plus facile de s’exprimer par écrit plutôt qu’à l’oral alors je souhaite m’excuser pour mes réactions ou ma façon de parler souvent tranchante, sèche ou désagréable. Je prends sur moi, je fais des efforts et je fais un gros travail sur moi pour ne pas m’enfermer dans une bulle loin des bruits du quotidien. Le moment du repas en famille est souvent difficile pour moi, mais j’y participe avec joie. Parfois ça vous amuse de me taquiner avec des bruits qui m’agacent, toutefois, je vois qu’il vous arrive de faire attention. Merci d’être attentif à mon bien-être. ♥

4 réflexions au sujet de « «Les Misophones» de Bruno Salomone »

  1. Une belle critique où je découvre une nouvelle facette de ta personnalité ! Certes, tu m’avais expliqué ce problème au moment où tu as eu le livre entre les mains, mais je ne pensais pas que celui-ci te ferait autant écho ! J’ignorais également que les choses pouvaient aller aussi loin comme l’auto-mutilation ! En lisant ton article, je comprends mieux pourquoi tu me parlais de handicap samedi. En tout cas, bravo pour t’être livrée ainsi. J’espère qu’il y aura d’autres prises de conscience et que tu auras des lecteurs souhaitant échanger avec toi.^^ (Sai)

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  2. Le roman en lui-même a l’air intéressant autant pour découvrir la misophonie dont on n’entend guère parler ou cette belle amitié qui se forme entre Damien et Alexi.
    Je te remercie d’avoir partagé avec nous ton expérience personnelle de la misophonie. J’imagine que cela n’a pas été facile, mais je ne doute pas que ça puisse aider d’autres personnes. D’ailleurs, ton témoignage a fait écho en moi sur certains points. Je ne sais pas trop si je souffre de misophine, mais grâce à ton article, je vais me renseigner sur le sujet. Cela me permettrait d »expliquer certaines réactions et émotions très fortes…

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  3. Cela ne fait que quelques mois que je commence à mettre ce mot dessus, mais je crains fort d’en souffrir aussi : certains sons provoquent également, chez moi, une réaction viscérale à mi-chemin entre colère violente et dégoût profond. Et ce n’est, effectivement, jamais pris au sérieux quand on en parle. J’en suis au point où je ne veux plus aller au cinéma avec ma maman car, à chaque fois, elle se ronde les ongles (ou mordille les cuticules, ou que sais-je) et continue même après que je lui ai dit 3/4 fois d’arrêter. Et plus le son ce répète, plus mon ton devient agressif au point que, comme toi, je préfère en venir à me couvrir les oreilles et subir, par honte de me sentir infecte avec les gens pour quelque chose qui semble si anodin aux autres ! Je ne dois pas avoir un niveau très élevé car il n’y a que quelques sons bien spécifiques qui me perturbent mais j’en suis bien heureuse car c’est une charge mentale bien suffisante comme ça.
    Bref, merci d’en avoir parlé, ça fait du bien mine de rien et soutien à toi ! 🙂

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    1. Nous sommes nombreux à souffrir de Misophonie, malheureusement il n’existe aucun traitement ou aucune thérapie qui puisse nous libérer de cette souffrance. La seule chose a faire est de faire un gros travail sur soi. Facile à dire n’est-ce pas ? Difficile à mettre en oeuvre, surtout quand notre entourage ne nous comprend pas et s’en amuse.
      Chaque jour, je fais face à des situations difficiles pour moi et je m’efforce de ne pas fuir. Par exemple, au moment du repas, le son de la mastication m’horripile à un point… Je m’efforce donc de me concentrer sur autre chose : le son de la télé qui fait office de font sonore ou alors sur la discussion en cours ou encore je chantonne une chanson dans ma tête et je me concentre dessus. Personne ne remarque ce que je fais. Ça devient toutefois plus supportable. Alors après chacun sa technique bien évidemment, il n’y a pas de remède miracle.

      Pour ce qui est du cinéma, comme je te comprends ! Cela dit, ce sont les mangeurs qui m’insupportent ! Pourquoi vendre de la nourriture dans un cinéma ? Pourquoi faire ça ? Est-ce que, en temps normal, on mange devant la télé chez soi ? Par forcément. Bref. C’est insupportable d’entendre les gens manger ou ouvrir leur paquet de chips / bonbons / etc sans aucune discrétion. Je crois que ça fait deux ans que je n’ai pas mis les pieds dans un cinéma. J’avoue fuir cette situation surtout que maintenant nous n’avons plus la possibilité de changer de place comme bon nous semble.

      J’espère sincèrement qu’un jour les Misophones seront entendus et que nous ne serons plus les seuls à faire des efforts, qu’on ne se moquera plus de nous. Je veux que nous soyons pris au sérieux. En attendant, nous devons en parler, se soutenir mutuellement.

      Je te remercie pour ton commentaire, ta confidence et ta confiance. Il est parfois difficile d’assumer et d’accepter sa différence. Si un jour, tu ressens le besoin de parler n’hésite surtout pas à me contacter sur Instagram ou par mail ( l.bookine1@gmail.com ). Tu n’es pas seule. Je te soutiens.

      Au plaisir de discuter avec toi ! Je te souhaite une bonne journée. ♥

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