Romances·Romans

« Chronique d’une emprise » de Christelle Fouix

emilie Un avis de Saiwhisper

Titre : « Chronique d’une emprise »
Auteur : Christelle Fouix
Genre : Témoignage / Autobiographie / Drame / Romance toxique
Éditeur : Libre 2 Lire

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résumé du livre

Pendant un déménagement, Christelle, hantée par le souvenir d’une relation malsaine dix-sept ans plus tôt, retrouve ses journaux intimes d’adolescente. Au même moment, celui qui a détruit sa vie se plonge lui aussi dans ses écrits de l’époque du lycée. À travers leurs regards croisés, l’histoire se dessine sous les yeux du lecteur, spectateur impuissant d’une descente aux enfers que tout le monde regarde mais que personne ne voit. Dans un dialogue intimiste entre la femme et l’adolescente, où le monstre prend lui aussi la parole, la narratrice dissèque les rouages de la manipulation mentale. Jusqu’où ira cette relation toxique ? Comment se mettent en place les mécanismes d’une emprise ? Peut-on guérir d’avoir croisé la route d’un pervers ? Et surtout, peut-on se remettre de l’humiliation de lui avoir fait confiance ?

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Ma critique

couv18090991Bien que je préfère la fiction, je n’ai pas hésité lorsque Christelle Fouix m’a gentiment contactée pour découvrir son autobiographie romancée. Dans celle-ci, l’auteure a décidé de raconter une période charnière de sa vie : son adolescence où elle a rencontré une personne toxique. Or, j’ai moi-même rencontré un individu retors et manipulateur à cette période… Jeune femme ayant mon âge, maman d’une petite fille, passé qui me faisait écho, … Il n’en fallait pas plus pour que je me sente concernée et pour que je désire découvrir son histoire. Comme je m’y attendais, ce fut une claque ! Christelle Fouix a bien fait de ne pas garder son passé pour elle. Quel courage !

Avec franchise, lucidité et simplicité, la jeune femme va utiliser ses journaux intimes pour narrer ses années de lycée : ses amours, ses premières fois, son quotidien pendant les cours ou à l’internat, les fêtes entre copains, etc. Mais également ses crises qui lui ont pourri la vie ainsi que cette fameuse rencontre avec un manipulateur pervers narcissique. Le ton employé m’a directement fait forte impression : il est direct, incisif, fluide et percutant. On sent que l’auteure règle ses comptes et délivre un message… Un message légitime. Un message que n’importe qui ayant traversé cela aurait eu envie de hurler… Au départ, je reconnais avoir été déconcertée, car Christophe me faisait fortement songer à la personne que j’ai connue par le passé. Son prénom était quasiment le même. Il avait une attitude ainsi qu’une façon de parler similaire à la sienne… Toutefois, le parcours scolaire est loin d’être le même que celui de l’individu que j’ai rencontré. Constatant que les similitudes s’arrêtaient-là, j’ai cessé de faire un transfert et j’ai pris du recul vis-à-vis du récit. Ceci dit, cela ne m’a pas empêchée de ressentir de l’empathie pour Christelle. Son traumatisme est parfaitement compréhensible.

Pour donner du dynamisme à son récit et montrer le vrai visage de ce garçon odieux et destructeur, l’auteure donne la parole à Christophe. Elle s’imagine en train de le retrouver, des années plus tard, dans un café. Comme elle, il va revenir sur les faits et apporter sa version. Ce procédé est original et m’a convaincue, car on imagine bien le style d’homme qu’il est ainsi que sa façon de voir les gens, en particulier les femmes. Quel lycéen horrible… Et quelle emprise il avait ! Son manque d’empathie, sa violence verbale et ses envies font froid dans le dos…

Vous l’aurez compris, je ne suis pas restée insensible face à cette catharsis sous forme de roman. Plusieurs passages m’ont émue, révoltée, écœurée, agacée et peinée… Le tout sonne tellement juste et crédible que c’en est glaçant ! J’espère que ce texte vibrant de colère et de désespoir aura permis à Christelle Fouix d’avancer et de tirer un trait plus ou moins définitif avec Christophe. Plus généralement, j’espère également que ce témoignage servira de mise en garde contre les relations toxiques et malsaines et que cela aidera des lecteurs victimes d’un pervers narcissique.

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Citations

Mon nouveau credo : observer beaucoup, parler très peu. Imiter les mots des autres. Me museler. Paraître normale, tel que je le concevais. Parce que je sentais bien qu’entre les autres et moi, il y avait toujours un fleuve que je ne savais pas comment traverser.

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Je vais donc, et cette fois-ci sans psy, aller chercher avec Joana mes souvenirs, et nommer précisément cette relation qui a été la nôtre, pour la dézinguer, la désosser, l’autopsier, lui faire perdre de sa superbe, de son drame, braquer ma lampe torche sur tes petits yeux torves et tes mains tordues.

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Tu connais peut-être ça toi aussi, si tu as continué d’écrire. Tu commences par ouvrir un fichier sur ton ordi, tu jettes les bases, les contours, tu tapes quelques pages et puis tu dois t’arrêter pour faire à manger, faire tourner une machine, aller chercher ton gosse à l’école, aller bosser, bref vivre. Et puis en vivant, l’histoire que tu as commencée continue dans ta tête. Les dialogues se lancent tout seuls, les personnages s’affinent, des visages s’y accrochent comme si tu faisais un casting, certaines tournures te ravissent tellement, que tu es dégoûté de ne pas pouvoir t’arrêter dans ce que tu fais pour reprendre sur le clavier l’histoire là où tu l’as laissée.
Comme une radio qui ne s’éteint jamais, qui fait une petite sourdine, un bruit de fond qui habille chacun de tes gestes. On croit qu’on dort, qu’on mange, qu’on regarde un film en famille, mais à l’intérieur, l’histoire s’écrit toujours, comme un monologue sans fin et sans empreinte, et on pourrait passer, je crois, une vie entière à regretter de ne pas avoir de quoi écrire quand la phrase parfaite se pose comme un papillon sur une casserole qui déborde dans le feu du quotidien ou sur un mouchoir qu’on tend à son enfant alors que c’est déjà trop tard, qu’il a déjà éternué et qu’il en a partout.

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Ma note

4/5

8 réflexions au sujet de « « Chronique d’une emprise » de Christelle Fouix »

  1. L’idée de retrouver fictivement les deux personnes pour comprendre leur deux points de vue me plaît particulièrement.
    Je n’ai jamais connu ce genre de relation toxique mais j’imagine que ça doit être particulièrement poignant pour quelqu’un l’ayant vécu.

    Aimé par 1 personne

  2. Je trouve courageux de la part de l’autrice d’avoir osé évoquer une période difficile de son passé et courageux de ta part de t’y être confrontée malgré des similitudes qui auraient pu raviver d’anciennes douleurs…
    Comme Entournant les pages, l’idée de laisser à la personne toxique la possibilité de raconter sa propre version me plaît pas mal et dénote chez l’autrice une certaine force de caractère, parce que j’imagine que cela n’a pas dû être émotionnellement facile…

    Aimé par 1 personne

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