Littérature jeunesse

« Frère ! » de Jean Tévélis

emilie Un avis de Saiwhisper

Titre : « Frère ! »
Auteur : Jean Tévélis
Genre : Roman jeunesse – ado / Littérature contemporaine
Éditeur : Magnard

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résumé du livre

Eddy et Diego sont deux gamins des cités, deux frères. L’un danse, l’autre deale : à priori, tout les sépare. Pourtant, tous deux nourrissent le même rêve : celui de changer de vie, de voir plus grand. Et comme souvent dans la vie, il n’y a pas de bon ou de mauvais garçon : le courage et la droiture ne sont pas là où on croit.

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Ma critique

Attirée par le résumé mettant en scène deux frères que tout oppose, mais qui semblent quand même s’apprécier, j’ai accepté la proposition des éditions Magnard pour découvrir ce roman jeunesse-ado. Merci à eux pour leur confiance ! Comme je m’y attendais, la relation entre Diego et Eddy fut très intéressante et complexe. J’ai pris plaisir à découvrir leurs différences, leurs ressemblances, les liens qui les unit ainsi que l’évolution de leur relation au fil du récit.

9782210973855-475x500-1Diego est un grand rêveur, plutôt du genre observateur, simple, passionné, franc et avec des principes. Son truc à lui, c’est la danse. Il a beaucoup de talent. D’ailleurs, il rêve de passer des auditions pour ne plus danser uniquement dans sa salle de bain… Il espère vivre de sa passion et peut-être quitter ce quotidien dans lequel il est difficile de s’épanouir… Le jeune homme possède une personnalité assez « passe-partout », il est donc aisé de s’identifier à lui. À l’inverse, Eddy est bien plus mystérieux et insaisissable. Le premier chapitre où l’adolescent est narrateur annonce directement la couleur : il a pour habitude de traîner dans les rues, de côtoyer de la racaille, de dealer et de tremper dans de sales affaires ! Si j’ai aimé le développement de son personnage ainsi que ses réflexions sur ses actions ou son quartier, je reconnais avoir eu un peu plus de difficultés à m’attacher à lui. On sent qu’il se cherche et qu’il peine à se trouver ! Au départ, j’avais un peu de mal avec son indécision. Cela dit, même s’il a mis du temps avant de trouver une place dans mon cœur, cet anti-héros est celui qui m’a semblé être le plus crédible des personnages. C’est un jeune à la dérive. Pas méchant, simplement perdu, qui essaye de se débrouiller comme il peut, car il n’a pas de cadre. Intelligent et débrouillard, mais qui n’a pas eu d’autres choix que de survivre dans la rue et de dealer pour avancer. Des ados comme ça, il y en a malheureusement des tas… J’ai donc été curieuse de la façon dont Jean Tévélis allait faire évoluer son personnage.

Bien que l’action se concentre surtout sur le dernier quart du livre, je n’ai pas ressenti d’ennui. À elle seule, la double narration alternée apporte une belle dynamique. De plus, il y a quelques chapitres écrits en italique qui interviennent parfois dans le texte et qui apportent du suspense. Durant ces passages, l’un des frères raconte la manière dont il traverse toute la ville pour sauver l’autre. Par ce choix, il semble s’éloigner de son futur, mais fait également preuve d’un immense courage. Lequel des deux est-ce ? Parviendra-t-il à sauver l’autre ? Quelles seront les conséquences de cette décision ? Lentement, mais sûrement, Eddy et Diego nous entraînent de plus en plus dans leur monde. On prend plaisir à découvrir leurs projets, leurs espoirs ainsi que leur personnalité. Pourtant, le milieu dans lequel ils évoluent est dur ! On ne reste pas insensible aux difficultés qu’ils rencontrent. Pour ma part, j’ai été chagrinée par l’image de cette famille monoparentale où la mère est comme absente. La génitrice est complètement enfermée dans sa bulle et occupée à regarder la télévision toute la journée… C’est à peine si elle converse avec ses enfants, alors ce qu’ils font de leurs journées est le cadet de ses soucis. Elle n’a pas l’air de travailler, ni d’entretenir son foyer. Elle a « abandonné la réalité ». Voilà un portrait aussi triste que réaliste

La plume de Jean Tévélis est très fluide et pleine de sensibilité. Jamais il ne fait dans le pathos, alors que certains passages pourraient aisément s’y prêter. J’ai aimé cette histoire mettant en scène une belle relation fraternelle. Cependant, j’avoue que j’ai été déçue par de nombreuses facilités scénaristiques. J’accepte que plusieurs éléments s’imbriquent grâce au hasard toutefois, quelques éléments sont un peu trop gros pour être crédibles… Ne serait-ce que, par exemple, l’identité de la personne ouvrant la poubelle dans la partie finale. De plus, je pense que l’on aurait pu approfondir quelques éléments comme le lien avec la sœur Angel ou celui avec cette mère qui n’a rien d’autre que son écran TV… Hormis le binôme, le reste est finalement encore très flou. Les personnages secondaires méritaient plus de consistance ! Heureusement, l’aventure reste globalement prenante et permet au lecteur de découvrir un dénouement positif, beau, intelligent et plein d’espoir. C’est donc, malgré quelques regrets, une bonne découverte.

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logo.

Citations

En passant le plus discrètement du monde, je vois le pompier à moustache qui m’a sans doute sauvé la vie. Lui aussi, c’est un héros ! Mais comme c’est son boulot, tout le monde s’en fout et personne l’emmerde. Il peut ranger tranquillement sa corde d’escalade en faisant de beaux ronds.
Alors, je ne peux pas m’empêcher de penser au nombre de fois où, comme un gamin débile, au Val d’Arcet, j’ai caillassé les pompiers, sous prétexte qu’ils avaient gyrophares et uniformes. Sous prétexte que ça représentait tout ce que j’aimais pas.
Sous prétexte que j’étais un vrai con !
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La danse, je ne suis pas tombé dedans quand j’étais petit. Mais je suis tombé dedans quand même. Et comme Obélix et ses copains, quand je danse, je deviens irréductible.
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Seul, à rouler à contresens de ma vie.
Comme un curseur sur un segment avance entre deux extrémités. Et plus je me rapproche de mon frère, plus je m’éloigne de mon avenir.

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Ma note

3,5/5

10 réflexions au sujet de « « Frère ! » de Jean Tévélis »

  1. Malgré tes bémols, qui s’expliquent peut-être par le public cible du roman, le roman a l’air touchant, dur et réaliste à la fois. Je t’avoue que ce que tu en dis m’a rappelé pas mal de mes camarades de collège et ta description de la mère fait écho à ce que j’ai pu vivre…

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