Romans

« Le cerf-volant » de Laetitia Colombani

emilie Un avis de Saiwhisper

Titre : « Le cerf-volant »
Auteur : Laetitia Colombani
Genre : Roman contemporain
Éditeur : Grasset

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résumé du livre

Après le drame qui a fait basculer sa vie, Léna décide de tout quitter. Elle entreprend un voyage en Inde, au bord du Golfe du Bengale, pour tenter de se reconstruire. Hantée par les fantômes du passé, elle ne connait de répit qu’à l’aube, lorsqu’elle descend nager dans l’océan indien. Sur la plage encore déserte, elle aperçoit chaque matin une petite fille, seule, qui joue au cerf-volant. Un jour, emportée par le courant, Léna manque de se noyer.
La voyant sombrer, la fillette donne l’alerte. Léna est miraculeusement secourue par la Red Brigade, un groupe d’autodéfense féminine, qui s’entraînait tout près. Léna veut remercier l’enfant. Elle découvre que la petite travaille sans relâche dans le restaurant d’un cousin, qui l’a recueillie et l’exploite. Elle n’a jamais été à l’école et s’est murée dans un mutisme complet. Que cache donc son silence ? Et quelle est son histoire ? …
Aidée de Preeti, la jeune cheffe de brigade au caractère explosif, Léna va tenter de percer son secret. Jadis enseignante, elle se met en tête de lui apprendre à lire et à écrire. Au cœur de ce monde dont elle ignore tout, commence alors une incroyable aventure où se mêlent l’espoir et la colère, la volonté face aux traditions, et le rêve de changer la vie par l’éducation… La rencontre inoubliable et réparatrice entre une femme, une jeune fille et une enfant au milieu d’une Inde tourmentée.

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Ma critique

couv66928991« Une fille n’a pas besoin d’être éduquée. » Ce genre de phrase, on ne devrait plus avoir à l’entendre en 2021… Et pourtant, ces propos sont encore employés et pensés par de nombreuses personnes… C’est terrifiant. Révoltant. Dramatique ! Il n’est pas nécessaire de lire une fiction ou de voir un documentaire pour s’en rendre compte… Cependant, je trouve cela important qu’on en parle, notamment en littérature, afin de sensibiliser un large public. Dans ce sens, « Le cerf-volant » a parfaitement su remplir ce rôle ! À travers cette histoire incroyable, on va mettre en lumière le combat quotidien de Femmes, mais aussi d’enfants et de personnes illettrées en Inde.

Suite directe de « La tresse », ce nouveau roman signé Laetitia Colombani va nous plonger aux côtés de personnages féminins forts et courageux, qu’ils soient Indiens ou Européens. Léna, la narratrice, va conter son quotidien dans ce pays où l’injustice règne en maître. En effet, là-bas, la loi ne protège personne… Pas même les enfants qui sont totalement exploités dès leur plus jeune âge… Ni les jeunes filles qui sont mariées de force, parfois même à leur violeur ou à un membre de leur famille, car il est considéré que son rôle est de servir… On est loin de la vision idyllique et touristique que les gens peuvent avoir !

Venue en Inde pour oublier un drame qu’elle a vécu, Léna va rapidement déchanter en constatant à quel point les filles d’ici mènent un quotidien aussi scandaleux que difficile ! Heureusement, il existe des personnes engagées dans la protection de la gente féminine. C’est notamment le cas de la Red Brigade, une association d’auto-défense, qui veille à la sécurité des Femmes et des victimes en Inde. Ce groupe féministe existe vraiment et se bat quotidiennement pour protéger autrui. Je le connaissais grâce à un reportage toutefois, j’ai été ravie d’en savoir plus, notamment aux côtés de Preeti, un personnage au vécu douloureux et à la personnalité admirable. La narratrice est également quelqu’un de bien. J’ai été très intéressée par son parcours, que ce soit de façon personnelle ou dans ce nouveau pays. La française a rapidement su se montrer attachante, en particulier grâce à son caractère, à ses valeurs et à ses engagements.

Comme dans ses deux autres publications, l’autrice mêle plusieurs portraits féminins au vécu dramatique. Contrairement à « Les victorieuses », on va davantage développer les personnages secondaires, évitant ainsi l’impression de « catalogue » que j’avais malheureusement ressenti. Cette fois-ci, on rejoint davantage « La tresse » : même si le lecteur préfère une héroïne à une autre, toutes sont assez développées (même si on voudrait un peu plus !) et auront leur rôle à jouer. Pour ma part, j’ai été touchée par ces nombreux destins, en particulier par le trio principal. J’ai également apprécié la découverte de certaines coutumes comme le Kolam, ce magnifique art éphémère, ou encore l’envers du décor de certains métiers (ex : les Charmeurs de serpents !). J’ai aussi appris des choses comme la protection hygiénique des Indiennes… Ce côté informatif est bien distillé et jamais rébarbatif.

Voilà un titre féministe, engagé et rempli d’espérance pointe du doigt des sujets sensibles sur la condition féminine et infantile en Inde. Difficile de rester de marbre… Rien que pour cela, il est à découvrir ! Si vous avez aimé le combat et les héroïnes courageuses de « La tresse », alors vous devriez apprécier cette nouveauté… Pour ma part, retrouver ce personnage cher à mon cœur m’a émue. Pour ceux qui sont intéressés par cette lecture, mais qui n’ont encore rien lu de l’autrice, sachez que ce n’est pas grave : cette histoire peut parfaitement se comprendre seule et s’auto-suffire. Alors, qu’attendez-vous ?

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Citations

Elle raconte comment, dans l’État voisin du Kerala, les gens de sa condition devaient jadis marcher à reculons munis d’un balai pour effacer les traces de leurs pas, afin de ne pas souiller les pieds des autres habitants qui empruntaient le même chemin.

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Pour la plupart des Indiens, marier son enfant est un devoir, une obligation. le mariage représente bien plus qu’une simple cérémonie, il est le ciment de la vie sociale, l’évènement le plus important de toute une vie – quand bien même il n’a pas été décidé ni choisi par les intéressés. L’amour ne rentre pas en compte.

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De temps en temps, elle aperçoit un cerf-volant près de la ligne d’horizon. C’est un engin de fortune, maintes fois rapiécé, tenu par une enfant. Elle est si frêle et si menue qu’on dirait qu’elle va s’envoler cramponnée à son fil de nylon comme le Petit Prince à ses oiseaux sauvages, sur cette illustration de Saint-Exupéry que Léna aime tant.

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Maintenir les filles dans l’ignorance est le plus sûr moyen de les assujettir, de museler leurs pensées, leurs désirs. En les privant d’instruction, on les enferme dans une prison à laquelle elles n’ont aucun moyen d’échapper. On leur retire toute perspective d’évolution dans la société. le savoir est un pouvoir. L’éducation, la clé de la liberté.

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Ma note

 

4,5/5

8 réflexions au sujet de « « Le cerf-volant » de Laetitia Colombani »

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