Fantastique/Fantasy·Horreur

« Dévoreur, précédé du Roi cornu » de Stefan Platteau

emilie Un avis de Saiwhisper

Titre : « Dévoreur, précédé du Roi cornu »
Auteur : Stefan Platteau
Genre : Fantasy / Horreur
Éditeur : J’ai Lu

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résumé du livre

Vidal Silarius, brave éleveur d’ânes des monts de soufre, est un bon père et un camarade fidèle. Mais lorsqu’un astre s’embrase au-dessus de sa demeure, l’homme se met peu à peu à changer, sous les yeux horrifiés de ses enfants et de son amie Aube. La lumière néfaste du Dévoreur est en train d’accoucher d’un monstre… Jusqu’où Aube est-elle prête à aller pour le ramener parmi les humains? Conte sanglant dont la puissance d’évocation symbolique n’a d’égal que la justesse stylistique, Dévoreur, ici précédé du Roi cornu, nous conduit vers des lieux inexplorés de l’univers des Sentiers des astres.

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Ma critique

Après avoir souvent entendu parler en bien de Stefan Platteau et après l’avoir rencontré aux Imaginales pour une amie, j’ai eu envie de découvrir son univers fantastique à mon tour. Mon choix s’est porté sur ce fameux Dévoreur que l’auteur m’avait présenté comme un livre d’horreur fantastique. La première chose qui me vient à l’esprit avec cette lecture est : « Quelle plume !!! » Le style est vraiment très travaillé, mature, précis et poétique. Stefan Platteau emploie du vocabulaire riche, au point que j’ai parfois dû sortir un dictionnaire pour en connaître le sens. Ses phrases sont bien construites et réfléchies. couv68820545J’ai été impressionnée ! Rarement, j’avais lu une fiction avec une telle plume ! Les deux récits sont différents, mais ont pour point commun l’univers, l’idée d’Astres ainsi que la présence de divinités incroyables au milieu des humains.

« Le Roi Cornu » est une nouvelle d’environ quatre-vingts pages narrant l’histoire du roi Leth qui va conduire son peuple, les Firwanes, hors du continent à cause du Râpeux, un dangereux démon possédant une puissante armée. C’était plutôt prenant, bien écrit, avec de l’action, de la magie noire, de l’aventure et des retournements de situation. On a là une légende intéressante, que l’on découvre ou non l’auteur. Pour ceux ayant déjà lu ou commencé « Manesh », « Le Roi Cornu » est en fait un préquel se déroulant mille ans avant. Bien que c’était compréhensible, j’ai, hélas, quelques réserves… En raison de la taille du texte et de l’idée de nouvelles, les personnages m’ont apparu comme des pions qui avancent… On ne les découvre pas, on ne s’attache pas à eux et, lorsque l’un d’eux meurt, on ne s’émeut pas. C’est dommage ! Heureusement, je n’ai pas eu cette impression avec le second texte.

« Dévoreur » est une histoire donnant la parole à plusieurs personnages. On distingue par exemple Vidal, un père de famille, qui va changer de comportement du jour au lendemain. Autrefois généreux, drôle, bavard, ouvert et gentil, il va devenir taciturne, agressif, blessant et violent avec son entourage ! Aube et son mari Peyr vont assister progressivement à ce revirement de tempérament. Impuissants, ils vont se poser mille et une question et vont devoir faire face à des actes barbares de la part de leur ancien ami Vidal… Stefan Platteau mène assez bien son scénario en montrant le changement progressif mais inexorable. D’ailleurs, il n’hésite pas à aller dans le gore. Les âmes sensibles n’apprécieront pas cette lecture, notamment durant le passage morbide du père de famille qui suce la main de son enfant jusqu’à lui dévorer lentement le bras… Si vous pensez que ce genre de scène ne vous effraie pas, lancez-vous ! Sinon, passez votre chemin, car ce qui vous attend sera bien pire ! J’ai aimé la façon dont l’auteur a revisité le mythe du Croquemitaine. C’était original, sombre et osé. « Dévoreur » est clairement le récit que j’ai préféré de cet ouvrage, surtout grâce à son ambiance aussi déroutante qu’effrayante.

Pour conclure, je dirais que c’est un livre très bien écrit que l’on peut lire en ayant connaissance ou non de la saga « Le sentier des Astres ». J’ai globalement aimé le découvrir et frissonner face à la perte d’humanité de Vidal.

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CitationsHomme sagace, tu as deviné. La mer est notre salut ! Mais pas pour en boire le sel, non ! Par-delà la barrière de feu, les vagues bercent une île. Une terre encore presque vierge, qui n’attend que nos chants. On l’appelle Evassë, l’île aux fumées. Je l’ai vue maintes fois en songe ; c’est là que les Astres me commandent de mener notre peuple.
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Tu devines pourquoi je l’emporte ? glissa-t-il au moribond. Parce que j’ai rêvé de ce trône. Je me suis projeté dedans. Je savais qui je voulais être et ce que je ferais de mon règne. Toi, tu n’as pas passé suffisamment de temps à y songer. Ta femme, tes enfants, ton sitar et ta contemplation des Astres : voilà ce qui t’animait. Nous devenons les choses que nous caressons du regard.
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Il suffit qu’un seul ogre s’en vienne pour que tous les pères cessent aussitôt d’être des valeurs sûres. L’ombre qui protège devient celle qui menace, la terre se délite sous les pieds de quelques pauvres gosses, et leurs racines les tirent au-dedans pour les étouffer. Alors tous les autres mômes lèvent vers l’auteur de leur jour des regards soupçonneux, hantés par une seule et même angoisse : Et le mien ? Est-ce qu’il choisira un jour de me croquer ?
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Ma note

3,5/5

 

21 réflexions au sujet de « « Dévoreur, précédé du Roi cornu » de Stefan Platteau »

  1. Tu confirmes cette impression d’un auteur à la belle plume que je retrouve dans la plupart des chroniques… Et rien que cet aspect donne très envie de le découvrir même si le côté bien gore de ses écrits m’attire beaucoup moins pour le coup.

    Aimé par 1 personne

  2. Contente que tu sois aussi séduite par la plume 🙂 c’est une de mes préférées parmi les auteurs francophones actuels!
    Je n’ai pas lu le Roi Cornu donc je ne sais pas si je partagerai tes critiques!
    Par contre pour Dévoreur, je suis soulagée de ne pas m’être trompée et qu’il te plaise. Je t’avoues que j’ai un peu lu en diagonale les pires moments pour éviter le traumatisme, même si bizarrement j’avais supporté ce niveau d’horreur (je suis bizarre, mon curseur de tolérance ne se place pas toujours au même niveau!).

    Aimé par 1 personne

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