Romans

« Un si joli mois d’août » de Pierre-Etienne Musson

emilie Un avis de Saiwhisper

Titre : « Un si joli mois d’août »
Auteur : Pierre-Etienne Musson
Genre : Roman historique
Éditeur : Denoël

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résumé du livreAoût 1914, la déclaration de guerre vient bouleverser le quotidien tranquille des villageois de Nouan-le-Fuzelier en Sologne. Antoine Richerand, l’instituteur, part pour le front, laissant derrière lui Inès, sa ravissante épouse. Au printemps 1915, grièvement blessé par un éclat d’obus, Antoine est hospitalisé à Paris. Inès lui rend visite régulièrement, s’efforçant de tenir son rôle d’épouse aimante, mais elle découvre un homme transformé, traumatisé par son expérience de la guerre, entre prostration et accès de violence. Exténuée par ses voyages incessants, consciente que l’avenir espéré avec Antoine est désormais impossible, Inès se met à rêver d’une autre vie… Un jour sur les quais de Seine, elle fait la connaissance d’Isidore Lambiot, un vieux garçon un peu excentrique. Ému par la détresse de la jeune femme, il lui propose son aide. Dès lors, Inès va devoir choisir…

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Ma critique

Un livre au titre poétique, mais ô combien ironique… Ce qu’il se passe dans ce roman historique n’est pas joli : c’est dur, sombre, inhumain et marquant. On est loin d’une simple romance avec les oiseaux qui gazouillent ou de l’éternel triangle amoureux bateau que laisse présager la quatrième de couverture !

couv4036212Avec l’aide d’une narration omnisciente, on va suivre le quotidien de plusieurs protagonistes durant les années 1914 à 1918. Les deux narrateurs principaux sont bien évidemment le couple : Antoine et Inès. Le plus souvent, on passe de l’un à l’autre, voyant ainsi comment chacun vit et fait face à des situations difficiles. On trouve quelques envois postaux cependant, ils ne sont pas nombreux. Le quotidien d’Antoine est évidemment pénible et affreux puisque, comme la majorité des hommes en âge de se battre, le jeune instituteur a été envoyé au front. Une guerre loin d’être courte et surtout, meurtrière ! On va assister à quasiment toute la mort des hommes du village des héros, mais également à des descriptions glaçantes de membres qui bondissent dans les airs, des gueules cassées et des conditions de vie terribles… Bien que j’ai lu plusieurs ouvrages traitant du sujet, j’ai été horrifiée par certains passages. L’auteur retranscrit très bien l’atmosphère des champs de bataille ainsi que la fatigue ou l’angoisse des soldats. D’ailleurs, j’ai trouvé que Pierre-Etienne Musson avait une superbe plume bien travaillée et habile dès qu’il s’agit de décrire. On ressent beaucoup d’émotions… Aux côtés d’Inès, on va vivre le dur quotidien des Femmes, des enfants et de ceux qui ne sont pas partis se battre contre les Allemands. Travail pour survivre, rationnement, peur de voir débarquer le facteur et des mauvaises nouvelles, … Une fois encore, j’ai trouvé l’ambiance de cette période bien retranscrite. 

Cet ouvrage se démarque par son sujet : l’obusite, ce stress post-traumatique qui a touché plusieurs soldats. En plus des impacts physiques, on est vraiment sur les conséquences psychologiques des tranchées. Antoine, qui était un brillant instituteur, a complètement changé. Il est devenu fou, violent, gavé de médicaments pour éviter les crises et se comporte comme une bête. C’est un spectacle effrayant que l’on imagine que trop bien… J’ai trouvé ces passages particulièrement déchirants, notamment lorsque l’auteur enchaînait un chapitre où le couple vivait des jours heureux et « l’après »… Le parallèle est violent et prend aux tripes. On ne peut que comprendre le déchirement d’Inès qui ne sait pas quoi faire face à celui qui était autrefois son mari, mais qui n’est plus l’ombre de lui-même. Et que dire des chapitres avec Fournier-Farnaise ? Ses expériences sont tout simplement inhumaines et révoltantes… Mais, hélas, réalistes.

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Malgré le bon développement de la thématique de l’obusite et des névroses de guerre, j’ai ressenti plusieurs longueurs au fil du récit. Certaines parties sont assez inégales. De plus, j’ai souvent été perdue avec les nombreux changements temporels. D’un chapitre à un autre, on passe de 1914 à 1916, puis on repart sur 1914 pour refaire un bon en 1915, … Autant dire que ces multiples flash-back décousus perturbent un peu le lecteur. Par ailleurs, je dois avouer ne pas m’être attachée à Inès même si elle fait preuve de courage. Elle s’est souvent enfermée dans le mensonge, en particulier avec le vieil Isidore, ce qui m’a déplu… Bien évidemment, cela ne m’a pas empêchée de comprendre sa détresse et ses peines face à ce qu’elle va vivre…

Si vous aimez les romans historiques, sachez que celui-ci n’innove pas le genre néanmoins, il traite très bien les conséquences de la guerre sur les soldats, notamment des troubles comportementaux. L’auteur n’est pas avare en détails et parvient à proposer des moments forts en émotions qui ne laisseront pas les lecteurs insensibles. Une bonne découverte, même si tout ne m’a pas plu.

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A découvrir : un très bon article sur l’Obusite !

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clubdeslecteurs

(Lu dans le cadre du club des lecteurs.)

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Citations

En un rituel immuable, elle s’immobilisait face au lit, posait dans la paume de sa main un baiser et l’envoyait d’un souffle léger en direction d’Antoine, son bel Antoine, son Antoine chéri, devenu ce Janus à double face où l’horreur bestiale cohabitait désormais avec sa douceur d’avant, où la guerre et la paix se côtoyaient, de chaque côté de l’arête du nez, comme deux faces d’une même pièce condamnées à ne jamais se révéler l’une à l’autre.
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Elle repensait au mensonge qu’elle avait servi la première fois à Isidore Lambiot : « mon mari a disparu. » Il y avait tellement de vérité là-dedans.
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Le 20 juin avait été un dimanche. Ainsi, au front, on se battait même ce jour – là. Il n’y avait donc jamais de trêve, même dominicale, à la barbarie des hommes.
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Mais que penser de tous ces soldats, sans blessures apparentes, gagnés par des formes étranges d’hystérie que l’on commençait à rapatrier de tous les secteurs du front ? Et quelle pouvait être la cause d’autant de désordres nerveux simultanés ? C’était du jamais vu.
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Ma note

3/5

 

8 réflexions au sujet de « « Un si joli mois d’août » de Pierre-Etienne Musson »

  1. Cela a en tout cas l’air d’être un roman qui colle assez à la réalité, ce que je trouve vraiment chouette (si je peux utiliser ce terme dans ce contexte…) Je n’ai rien contre les romances toutes douces, mais il faut parfois aussi se confronter aux événements tels qu’ils ont eu lieu, même si c’est douloureux ! Merci pour cette chronique 🙂

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