Romans policiers / Thriller

« Prendre un enfant par la main » de François-Xavier Dillard

emilie Un avis de Saiwhisper

Titre : « Prendre un enfant par la main »
Auteur : François-Xavier Dillard
Genre : Thriller psychologique
Éditeur : Pocket

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résumé du livre

Lorsque vous lâchez la main de votre enfant, êtes-vous certain de pouvoir la serrer de nouveau un jour ? Quatre ans après la disparition de leur fille Clémentine dans le naufrage d’un voilier, Sarah et Marc sont rongés par la culpabilité et la tristesse.
Jusqu’à ce que de nouvelles voisines emménagent sur le même palier avec leur enfant, Gabrielle, dont la ressemblance avec Clémentine est troublante. Au contact de cette adolescente vive et enjouée, Sarah reprend peu à peu goût à la vie.
Mais lorsque le destin de Gabrielle bascule dans l’indicible, les démons que Sarah avait cru pouvoir retenir se déchaînent une seconde fois.

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Ma critique

Grâce au salon du polar Seille de crime, j’ai pu faire la rencontre de François-Xavier Dillard avec qui j’ai pris plaisir à échanger. Ne connaissant rien à ses romans, je lui ai demandé de me présenter « son livre le plus abordable pour la majorité des lecteurs » (celui-ci) ainsi que le plus difficile / sombre / glauque (il s’agirait de « Fais-le pour maman » que je suis en train de lire !). Aimant y aller crescendo, j’ai donc commencé avec « Prendre un enfant par la main ».

Effectivement, on ne m’a pas menti ! Le style est très fluide et on rentre directement dans le récit. Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que le début m’a horrifiée : alors qu’ils voyagent en bateau, un couple perd leur adolescente lors d’une tempête en pleine mer… En tant que jeune maman, j’avais une boule au ventre en suivant Sarah, cette génitrice complètement anéantie et incapable de surmonter ses peines malgré la présence de son mari et de ses deux autres bambins. Cela dit, mon empathie n’a pas vraiment duré… En effet, très vite, j’ai réalisé que cette mère endeuillée avait un comportement ambigu, voire dérangeant vis-à-vis de ses propres enfants et de ses nouvelles voisines. Alors, à défaut de m’attacher à elle ou de la plaindre, j’ai ressenti énormément d’intérêt pour son comportement complexe, déroutant et malsain. Moi qui adore les héroïnes borderline, j’ai été servie !

Ce thriller psychologique possède un rythme montant progressivement. Les similitudes entre Gabrielle, la fille des nouvelles voisines, et Clémentine, l’adolescente disparue m’ont directement embarquée. Cela dit, ce n’était pas tout à fait ce à quoi je m’attendais… En effet, à la lecture du résumé, je me demandais s’il s’agissait ou non de la même jeune fille… Toutefois, il n’a jamais été question de ça ! L’auteur a proposé un autre scénario. C’est bien une inconnue. Justement, ce que désire Sarah, c’est que Gabrielle remplace ou soit sa propre fille ! Ce choix m’a séduite, car j’ai apprécié découvrir ce lien étrange, révoltant et glauque naître entre les deux narratrices. Grâce à une narration plurielle, François-Xavier Dillard nous permet de connaître le point de vue des autres membres de la famille ou de Jeanne, une policière chargée de plusieurs enquêtes en parallèle. Avec habileté, l’auteur jongle avec les nuances de ses personnages. Ces derniers ne sont jamais totalement droits. Souvent, ils ont l’air « parfaits » et bienveillants… Parfois, ils agiront de façon discutable… Entre Gabrielle qui prendra un mauvais chemin, ses deux mères peu attentives, la flic qui ne semble pas être une adepte des procédures, la démente Sarah, son mari adepte de jeux dangereux, la voisine un peu trop affectueuse pour être totalement honnête, … il y a de quoi faire !

La narration alternée m’a parfois légèrement déroutée. Néanmoins, une fois que j’ai appris à cerner tout ce petit monde, ça allait mieux. Avec fascination et attention, je me suis rapidement forgé ma propre idée sur le dénouement et le/la coupable d’un acte survenant vers la moitié sur roman. C’est un peu dommage, parce que j’ai facilement repéré les éléments permettant de tout comprendre. Cela dit, je n’ai pas boudé pour autant mon plaisir ! Ce fut un polar saisissant et sans temps-morts qui joue avec le vrai et le faux, tout en voguant sur des sujets sensibles comme la résilience, la parentalité, la mort, le deuil parental, la dépression, l’adolescence, la drogue, la confiance, etc.

Pour que cette lecture soit un coup de cœur, j’aurais souhaité que l’on développe un peu plus la relation entre Sarah et ses enfants encore en vie. J’aurais également désiré que l’on assiste davantage au rapprochement entre elle et Gabrielle. À mon sens, Sarah fait un peu trop vite un transfert, tandis que l’adolescente lui fait aveuglément confiance en quelques pages. Bien qu’on utilise les ellipses, on reste flou sur la durée de cette approche. De ce fait, j’ai eu l’impression que c’était trop rapide pour que j’y croie… Malgré ces regrets, j’ai passé un très bon moment. Voilà une intrigue dévorée en deux jours ! Je suis curieuse de voir si « Fais-le pour maman » me ravira autant…

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Citations

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– Tout à l’heure, vous avez dit que vous ne saviez pas si Sarah était folle ou simplement malheureuse… Vous savez ce qu’a écrit Emil Cioran à ce sujet ?
– Sans doute quelque chose de pas très gai…
– Non, pas très, mais de très juste. Il a dit : « La folie n’est peut-être qu’un chagrin qui n’évolue plus »…

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Pourtant, lorsqu’ils quittent l’immeuble, Hélène ne peut s’empêcher de revoir le visage de leur voisine, juste avant qu’elle ne referme sa porte. Ce n’était pas celui de la colère ou de la gêne, c’était l’incarnation même de la tristesse et du désespoir. Un frisson glacé parcourt son dos, comme si le regard de Sarah était encore fixé sur elle.

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– N’approchez pas, restez où vous êtes, tous. Et puis, vous, dit-elle en s’adressant au curé, gardez votre espérance, gardez vos sermons. Ma fille n’est pas au ciel, elle n’est pas avec les anges…
Sarah s’accroche au cercueil et avec un mouvement de rage, elle le renverse sur le sol dans un fracas épouvantable. Un cri monte de l’assemblée. Du cercueil entrouvert s’échappe une poupée de chiffon, une vieille poupée très simple, juste habillée d’une robe à carreaux rouges. C’était la préférée de Clémentine, la seule qu’elle gardait encore pour s’endormir. Sarah se précipite pour la ramasser puis, se relevant, elle se met à hurler.
– Elle n’est même pas dans ce cercueil ! Personne ne sait où elle est, personne ne sait où est… son corps.
Sur ces derniers mots, sa voix s’est brisée en un sanglot déchirant. Marc, comme un robot, se lève et se dirige vers sa femme.

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Chaque ombre, chaque arbre se transforme en quelque chose de potentiellement dangereux. Animal, monstre, démon, sorcière, prof de maths… J’ai soudain envie de retourner en courant jusqu’à la grille de la maison. Je savais que c’était une mauvaise idée. C’est pile au moment où je m’apprête à faire demi-tour qu’une main se pose sur mon épaule. Je pousse un cri.

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Ma note

4/5

14 réflexions au sujet de « « Prendre un enfant par la main » de François-Xavier Dillard »

  1. Ce titre m’interpelle. C’est le même qu’une chanson que ma maman faisait souvent à la guitare quand j’étais petite. Rien à voir au niveau des thèmes, mais ça m’a replongé dans les souvenirs ☺️
    Sinon c’est un thème qui ne me parle pas, donc je pense que je vais passer mon tour même s’il est pas mal!

    Aimé par 1 personne

  2. Je t’avoue que le titre et la couverture ne m’auraient pas tentée outre mesure, alors que le roman semble avoir les atouts pour me plaire, appréciant, comme toi, les héroïnes borderline. Je suis plutôt en ce moment dans des lectures douces et de saison, mais je le note pour plus tard, que ce soit pour moi ou pour mon père.

    Aimé par 1 personne

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